

Chaque année en mars ou en avril, les compagnies organisent un tir traditionnel marquant la reprise des tirs après l’hiver : c’est l’Abat l’Oiseau.
On utilise pour cela un petit oiseau en bois fixé sur une carte de Beursault (ou sur une perche à 15 m de hauteur selon les compagnies),
Chacun des membres de la compagnie tire selon un ordre établi.
Le premier touchant « mortellement » c’est à dire faisant tomber l’oiseau, est reconnu par ses confrères Roy de la compagnie pour l’année. Ce titre honorifique confère à son détenteur certains avantages : emprunter l’allée du Roy dans le Jeu d’Arc, être en tête lors des défilés, etc.
Il était d’usage de remettre au Roy de la Compagnie un collier d’argent, actuellement, il se reconnaît à son écharpe rouge.
Si le Roy abat l’oiseau trois années consécutives, il est nommé à vie, Empereur de sa compagnie.
Lorsque l’oiseau est abattu, la compagnie suit le Roy pour saluer les buttes du Jeu d’Arc en hommage aux chevaliers et archers défunts.
Chaque année, le Roy de la Compagnie remet son titre en jeu lors du tir de l’Abat l’oiseau de l’année suivante et doit décorer pour cette occasion 2 cartes de Beursault qui seront utilisées lors du tir. Il doit également organiser au cours de l’année un tir de Rendu du Roy qui est une occasion de regrouper les différents membres de la compagnie lors d’un tir plus axé sur le jeu que sur la compétition.

Un peu d’histoire :
C’est certainement une manifestation des plus anciennes qui a considérablement évolué à travers les siècles. Dans l’Illiade d’Homère et l’Eneide de Virgile, on trouve déjà des récits relatant ce genre de tir : un oiseau vivant était fixé à l’extrémité d’un mat dressé, et permettait de déterminer le meilleur des tireurs. Si l’oiseau à une certaine époque était vivant, il fut vite remplacé par un oiseau de bois ou de carton. Il était aisé pour nos ancêtres de disposer cet oiseau sur le haut d’une perche ou sur les branches d’un arbre (une survivance de la Chasse ?). Cette pratique portait le nom de jeu du papegai, qui reste encore de nos jours très prisé dans le nord de la France et en Belgique. L’origine du mot nous vient probablement du provençal : papagai, papagaye; du catalan: papagall; de l’espagnol: papagaye; du portugais: papaguio; de l’italien: papagallo; de l’arabe: babbaga, signifiant perroquet. Au moyen-âge cet oiseau était vert, ce qui pouvait rappeler le perroquet. L’évolution de la société, la constitution de l’organisation des connétablies ou compagnies pour la défense des villes ont fait de ce tir une épreuve annuelle fixée selon les régions au dimanche de la mi-carême ou au premier dimanche du mois de mars. Celui qui abattait cet oiseau était honoré et déclaré Roy de la Compagnie. En conséquence de quoi il bénéficiait, de la part de la ville, des privilèges d’exemption de charges pour l’année. C’était une sorte de reconnaissance de la ville pour les actions de défenses des archers. Les compagnies à l’époque ne vivaient que sur les fonds propres de leurs archers.
Dans le cas où l’oiseau était abattu trois années de suite par le même archer, celui-ci était déclaré Empereur à vie de la Compagnie et en conséquence exempté de charges également à vie (à notre époque XXIème siècle cet avantage n’existe plus). D’un tir à la vertical (tir à la perche), le tir est devenu horizontal dans un jeu d’arc. Un oiseau de bois (5 cm de hauteur sur 2.5 cm de largeur) est posé sur un support à quelques centimètres de la Carte et s’offre ainsi à l’habileté du tireur le plus précis. De nos jours les privilèges du Roy sont nombreux : dans toutes manifestations traditionnelles, dans les parades il est en tête derrière le porte-drapeau, il débute dans sa Compagnie tous les tirs traditionnels, il préside l’assemblée annuelle qu’il convoque après la démission du bureau et sa responsabilité et non des moindres est d’entretenir l’allée du Roy dans le jeu d’Arc. Il est possible de se procurer l’oiseau au Musée de l’Archerie (Crépy-en-Valois), mais il est plus » sympa » de le faire soi-même. Il est de la grandeur d’un pouce soit 5 cm de hauteur 2.5 cm de largeur, les ailes serrées sur le corps. Pour un tir horizontal dans un Jeu, il est fixé par une tige ou posé sur un support à quelques centimètres de la carte. Lorsqu’il est touché par une flèche il doit tomber de son support et porter l’impact de la flèche qui l’a touché (c’est le Capitaine avec quelques Chevaliers qui décident si le coup est bon). Pour un tir à la perche (tir vertical) l’oiseau est différent et les flèches portent le nom de maquet, dont le bout est une sorte de tronc de cône d’environ 2 centimètres de diamètre.

Déroulement du tir
A l’heure dite, la Compagnie se retrouve au Jardin pour l’Abat Oiseau. On s’assure que les dettes et différends sont réglés afin que tout le monde participe dans une sereine ambiance. Les archers doivent revêtir la tenue de Compagnie, ainsi qu’un couvre-chef. Les officiers et chevaliers doivent revêtir leurs insignes. Le tir s’effectue avec le même type d’arc durant toute la journée jusqu’au coucher du soleil si l’oiseau n’est pas abattu. Dans ce cas là le tir est reconduit le dimanche suivant du lever du soleil au coucher du soleil.
L’ordre de tir est établi : l’empereur (s’il y en a un),
- Le Roy,
- Le Connétable,
- Le Capitaine,
- Les Officiers,
- Les Chevaliers par ordre d’ancienneté de réception,
- Les Aspirants,
- Les Archers par ordre d’ancienneté.
(Certaines Compagnies pratiquent un tirage au sort pour établir l’ordre de tir). Toute la Compagnie se regroupe près de la butte maîtresse et derrière le drapeau, en ordre, remonte l’allée du Roy vers la butte d’attaque pour un salut solennel des buttes (hommage à tous les archers disparus et vivants), puis c’est le retour vers la butte maîtresse par le même chemin et dans le même ordre. Le tir peut commencer.
Le Roy se place au pas de tir et lance sa première flèche sans oublier le traditionnel » Mesdames Messieurs, je vous salue « , et dans l’ordre chaque archer tire sa flèche.
Quand toute la compagnie a tiré sa flèche tout le monde se retrouve à la butte d’attaque et relance sa flèche sur la butte maîtresse. Dès que l’oiseau est touché, le capitaine (si ce n’est pas lui qui a fait tomber l’oiseau) accompagné d’un officier va constater si le coup est valable (l’oiseau doit être tombé et marqué nettement par la flèche), le tireur restant au pas de tir et attendant la décision. Si le coup est jugé mauvais, on replace l’oiseau et l’on continue le tir. Si le coup est reconnu bon, Drapeau en tête, suivi du capitaine qui porte l’oiseau abattu et la flèche meurtrière, ainsi que toute la Compagnie remontent l’allée du Roy en direction du nouveau Roy pour lui rendre les honneurs et lui remettre les Joyaux du Roy. Dans certaines compagnies, les joyaux sont constitués par la flèche, l’oiseau et l’écharpe, pour d’autres c’est un objet (timbale, médaille ou autre).
Certaines compagnies profitent de l‘abat l’oiseau pour faire l’assemblée générale annuelle, et dans ce cas, symboliquement, tous les officiers et membres du Bureau démissionnent et remettent entre les mains du nouveau Roy leurs distinctions. Tout le monde se retrouve dans le logis sous la présidence du Roy pour reconstituer le nouveau Bureau de la Compagnie.
Quelques cartes d’années passées



